Voilà plus de cinq semaines que l’on déflore « l’île au jardin ». Trop beau !!! Chaque petite crique révèle un potentiel de vagues « surfables » étonnant. Les accès aux spots ne sont cependant jamais indiqués. Pas évident de trouver les bons spots. Les « kauaiiens » protègent leur tranquillité et leurs vagues comme autant de joyaux.

Voilà plus de cinq semaines que l’on déflore « l’île au jardin ». Trop beau !!! Chaque petite crique révèle un potentiel de vagues « surfables » étonnant. Les accès aux spots ne sont cependant jamais indiqués. Pas évident de trouver les bons spots. Les « kauaiiens » protègent leur tranquillité et leurs vagues comme autant de joyaux.

De nombreuses petites routes, ou chemins de terre sans issue se déploient le long de la route principale qui fait le tour de l’île (à l’exception de cette sublime Na Pali Coast qui s’étend sur tout le quart nord-ouest).

SAM20161Na Pali Coast - Plage Polihale - Samsung NX20

Pour dénicher des perles, on a parfois pris le risque de s’engager sur des chemins de terre hasardeux pour se trouver en face du panneau de bienvenu cloué sur la dernière maison qui domine le spot. « No trepassing, violators will be shoot, survivors will be shoot again » On se calme. Demi-tour. Quand on s’écarte un peu des axes principaux, s’est un peu le Far West. Des chevaux indolents, des sangliers « Xing » [1], des coqs qui font les malins, des balèzes tatoués à la mine patibulaire, vous toisent du regard en se demandant qui sont ces « zozos » qui osent s’aventurer ici.

SAM40144Trails de 6 heures sur la Na Pali Coast - Samsung NX20

L’important est d’avoir la bonne attitude dans le bon timing dans l’eau mais également hors de l’eau. En général, lorsqu’il y a beaucoup de monde à l’eau sur un spot, on est plutôt confiant. On se dit que s’il y a un problème, avec notre expérience, on ne sera pas les premiers à se faire chauffer les oreilles. Lorsqu’il y a une ou deux personnes à l’eau, ça va encore. Les gars n’osent pas vraiment nous agresser. Mais dès que le nombre de surfeurs à l’eau augmente, la situation devient rapidement plus délicate, surtout si c’est un spot un peu secret. Le pire est lorsque l’on tombe nez à nez avec une fournée de surfeurs en train de se changer, au bout des nombreux chemins en terre rouge qui mènent à l’océan.

Pendant notre séjour, une seule situation vraiment tendue. Petites vagues sur un des spots de replis les plus fréquentés du coté de Quarry Beach. Beaucoup de voitures, du monde à l’eau. Je suis à l’eau avec Pol Barets-Peyrelongue, mon père prend discrètement des images du training.

Dans l’eau un type quarantaine d’année tatoué des pieds à la tête « Hé vous n’êtes pas à l’école ? », suivi de « Hé, t’es d’où toi ? » avant de monter le ton « Eh t’es pas en France ici ». Deux minutes plus tard. « Eh t’es excité parce que quelqu’un te prend en photo !!! » visant Pol, dont la fâcheuse habitude de taper des pieds sur l’eau pour démarrer a dû certainement l’agacer. Un de ses potes arrive : « J’ai vu un gars sur la plage en train de filmer ». L’autre « c’est qui ? On va démonter sa caméra !!! ». La tension monte. Les mecs nous tournent autour. Pas faire d’erreur. Assis sur ma planche, je regarde le nerveux ramer sur une vague. « fffuck !!! » Il se retourne furieux vers moi "Why did you paddle on my wave ?" Fissa, on plié les gaules évitant ainsi que la situation dégénère à la sortie de l’eau.

Vagues exceptionnelles sur un spot magique quelques jours suivants. Les mêmes gars traînent dans les parages. A la sortie de l’eau, ma seconde planche posée sur le sable dans sa housse a disparu. Généreusement, ils m’ont laissé le « leash » en signature de leur forfait. Histoire de bien nous montrer qu’ils sont intouchables. Pas d’affolement pour autant. Juste un peu de temps pour que les surfeurs du coin nous identifient. Si tu connais un tel qui connais un tel…tu intègres discrètement la boucle. Les surfeurs qui ont l’habitude de voyager sont généralement cool, mais il y a toujours et partout quelques autochtones irascibles qui se donnent de l’importance en dictant la loi sur leur spot. Certains intellectuels sont capables de te démonter la tronche, que tu sois garçon ou fille, mineur ou pas. Donc …prudence !

IMG 327833Happy Paul-César - Samsung NX20

L’approche du surf à Kauai reste cependant un endroit unique qui préserve une certaine culture surf. Ici pas de cinéma. « Brice de Nice » n’est pas celui qui attend la vague qui ne viendra pas, mais celui qui a des « stickers » des sponsors sur sa planche et qui fait des « tricks ». Pas de compromis avec la vague et l’essence du surf. Innocemment, je pensais qu’en étant sponsorisé par Volcom, la marque du célèbre « Kauaiien » Bruce Irons, je serais un peu protégé. Même si tu as les « stickers » identiques sur la planche, les mecs t’ignorent pour bien te faire comprendre que tu n’es pas de leur famille. J’ai donc dégagé « stickers and co », et accroché mes « tricks » au porte manteau pour pouvoir entrer dans leur salon.

Donc pas de farandole d’« air reverse », de profiteroles d’ « alley-oop », ou de tiramitsu aérien. Ici, l’important est de partir le plus « deep » possible pour faire la vague. Les gars gagnent ainsi doucement le droit d’aller au pic. Avec du recul, la même logique s’impose à Pipeline mais comme tous les gars sont très forts, on ne se rend pas compte de cette règle.

IMG 250628Pas de guirlande !!! Vitesse et surf sur le rail.

La plupart des vagues sont extrêmement séduisantes mais difficiles à bien surfer. La puissance des vagues se conjugue avec un « backwash » fréquent, des vents caractériels, des courants insidieux et des « patates » chaudes pour donner des assemblages un peu bizarre et quelques belles pochettes surprises. Une école de l’humilité. Au delà des petites péripéties, Kauaï nous a offert des rencontres magiques avec quelques dinosaures imbibés de surf.

Ici un yogi méditatif de 70 ans qui se prépare à affronter des vagues énormes, là un « shaper » ermite, enfumé de « pakalolo » qui baragouine je ne sais qu’elle langue mais nous répare nos planches pour à peine 30 $, là-bas, une surfeuse mystique spécialiste du « ho’oponopono » croisée dans un magasin bio…

IMG 184221Le panneau mentionne 24 morts happés sur les rochers par jour de tempête. 6-8 mètres de vagues ce jour là. Avec Pol, on joue au chat et à la souris.

La nature impose ici sa présence. De solides tortues se mêlent aux surfeurs. Tout à tour, elles remontent à la surface pour s’offrir une bouffée d’oxygène avant de replonger majestueusement dans les profondeurs. Plus discrets et plus distants, d’énormes « phoques moines » jouent à cache-cache. Souffles et champs des baleines s’enchaînent sur un rythme effréné.

Instants magiques, les baleines viennent nous saluer à quelques mètres de nos planches, avant de repartir au grand large s’occuper de leurs progénitures.

Magique Kauai. Mahalo

[1] le terme « X ing » est mentionné sur des panneaux à l’attention des automobilistes pour les informer que certains animaux peuvent traverser. Le X est remplacé par le verbe que l’on souhaite « running, walking, cruising,… »

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
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