VolcomhouseVision

C’est en écrivant qu’on devient écrevisse. C’est en pinçant que l’on devient pinson. C’est en boxant que l’on devient boxon. C’est en surfant qu’on devient surfiste. Back to Hawaii après une année à courir le monde pour gagner quelques points, quelques dollars et un morceau de lard pour la soupe.

Retour à la glisse, aux trajectoires, à la source du surf, au He’enalu réduit en miettes par le Capitaine Cook lorsqu’il découvrit l’archipel d’Hawaii.au XVIII ième siècle. Le surf est devenu un vaste parc d’attraction, coloré, fun, ludique, et nique et nique.

Après 6 années consécutives (de 10 à 16 ans) à Hawaii, je gardais le souvenir de petits surf sympas à Rocky point, de l’odeur des croissants chauds à la Teds Bakery et de ces fameux brownies du Coffee shop d'Haleiwa dont je me remplissais le cimetière à poulet.

VolcomHouseannees90Hawaii3Volcom House dans les années 90 VolcomHouse2Volcom House au 3ième millénaire

Le décor a changé. Je loge à La Volcom House juste en face de Pipeline. Moi, je n’ai pas vue sur mer. Je fais parti des bizus, ceux qui logent à la cave. Une cage à poule sans fenêtre qu’ils appellent le donjon, là où son enfermées les princesses. J’avais connu cela lors d’un court séjour précédent avec Didier Piter, alors Team Manager Volcom. Rien n’a changé, le cochon de compagnie a été égorgé, et les chiottes placés à l’extérieur du Donjon.

 

CochonwimdelvoyeCochon tatoué de Wim Delvoye

cochon volcomEgérie de Volcom. Copain comme Cochon. Volcom House

L’odeur reste pourtant pestilentielle. Ca ronfle, ça se mouche, ça crache, ça gueule… Toujours un gars pour te refiler quelques puces, poux ou autres microbes. La hiérarchie dans la Volcom House est déterminée par un système de cooptation, par la reconnaissance des aînés sur ta capacité à charger sans réfléchir. Cela suppose de déposer ton cerveau sur le sable, de te mettre à nu et de te jeter du haut de la falaise en espérant ressortir vivant sans savoir comment. L’important est d’éviter de se faire croquer par la mâchoire de ce mégalodon, ou de s’empaler sur ces pierres volcaniques impassibles qui disposent de tout leur temps pour chopper le chaland.

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Pourquoi alors surfer Pipeline ? Les surfeurs gagnent beaucoup à être ainsi à nus. Pipeline dévoile, révèle. Les masques tombent. Le feu d’artifice exige un surf authentique !!! A passer mes journées avec eux, j’arrive à lire dans leurs entrailles, à mesurer l’intensité de leur passion, et même pour certains à prédire l’avenir. Haruspice, je le sais. Ma mère est gitane. L’avenir n’est pas écrit dans la ligne de leur main mais dans leur capacité à décrypter ce spot hyper complexe d’une sensibilité à fleur de peau.

La vague ne supporte pas ceux qui font les malins, ceux qui jouent à Prométhée, ce personnage de la mythologie grecque dont l’assurance provoqua la colère de Zeus, lequel l’attacha nu à la montagne pour qu’il se fasse dévorer le foie la journée par les aigles. Et il n’y avait pas de terme à sa souffrance. Toutes les nuits son foie se reconstituait. Pipeline n’attaque pas le foie mais dévore notre cerveau. Les journées sont mentalement épuisantes. Pas de répit, la nuit, les vagues ne cessent de bombarder la plage jusqu’à faire trembler le plancher. L’énergie circule de la mer à la terre. Les forces telluriques s’amplifient.

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Ici pas de place au fengh shui cet art millénaire chinois destiné à harmoniser l’énergie d’un lieu pour favoriser la santé, le bien être et la prospérité de ses occupants. Ici, règne une certaine nervosité, on flippe, puis on rit, puis on flippe, puis on rit…Les nuits sont agitées et c’est souvent très tard que je m’abandonne au sommeil, enlevé par uns sirène. Chaque matin, mon cerveau est recollé et motivé. Ma testostérone crache à plein feu. Je bande encore.

Aujourd’hui c’est la bonne ! Dans l’eau, la même hiérarchie opère. Des vagues pubères et velues réveillent nos sens, ils sont des dizaines à chasser le graal. Peu d’élus car à l’eau tu dois respecter la hiérarchie. Les locaux au pic ne laissent pas passer une bombe. Puis, il y a les chargeurs reconnus à l’affut des double-up bien saignants, puis les gars du top 32, puis, les autres, tous les autres… certaines sessions de deux heures se résument parfois en nombre de planches cassés sans une vague surfée.

Je nage entre les deux dernières zones. Parfois, je m’aventure au pic pour prendre des repères, bien observer comment les mecs entrent dans la vague. Ici, pas de frime, tu baisses les yeux et tu vas surfer, gros ou pas. Même les gros balèzes hawaiiens ne font pas les malins.

 

C’est une vague de volontaires, de combattants. Il faut passer du temps pour que les gars te situent dans la hiérarchie à l’eau, reconnaissent ton visage, évaluent ton attitude et soupèsent ta paire de couilles. Pipeline est une entreprise de démolition. Un milliers de planches pliées en deux chaque année, des dizaines de blessés…parfois quelques morts.

DangereusechuteapipelineLors de mon séjour les vagues furent particulièrement féroces et cruelles. Leo Fioranvanti se claque deux vertèbres, Tuhiti , le grand Tuhiti Haumani célébré à Teahupoo se fracasse la tronche sur sa planche. Il faudra une quinzaine de minutes de massages cardiaques pour le ramener à la vie. Sans compter les multiples fractures des uns et des autres, notamment de Mateia Hiquily qui s’est déboité l’épaule. Bref une quinzaine de types blessés plus ou moins gravement sur ces dix derniers jours. Pipeline est une épreuve de vérité qui met à nu.

John John et ses frangins ont ici grandi à poil dans ce jardin d’Eden à proximité de la mort. La survie exige une concentration totale, une vista qui lui permet aujourd’hui de trouver les meilleurs vagues et l’absolu des trajectoires. Je suis, nous sommes aveugles. Il me faudra encore du temps pour conquérir la vue. Mon désir serait de pratiquer ici jusqu’à ce je devienne le capteur de tout et ainsi trouver mon instinct. Le swell attendu était bien bâtard.

Une houle grossissante, un vent capricieux, une orientation des vagues supposée passer de 290° à 340° étaient annonciateur des emmerdements. Des conditions où Pipeline et Backdoor se disputent la place avec le backwash comme arbitre. Avec le recul je me dis que j’aurais du d’abord regarder l’arbitre pour savoir à qui il allait donner le ballon au lieu de me jeter tête baissée sur la première venue.

 

Ce putain de backwash, je ne suis pas arrivé à trouver les indices qui le déclenchaient. Les hawaiiens et Kelly gardent précieusement leurs secrets. Ce dont je suis sûr aujourd’hui, c’est qu’ils voient des choses que je ne vois pas. Des ombres, des fantômes, il est peut-être là le fluide du He’enalu. En fin stratège, je décide de mettre du rythme dès le début an prenant rapidement une vague moyenne et puis après je me colle au large et j’attends la bombe. Je claque 3,5 points sur la première vague, un tube de crachin pas mal surfé mais sans potentiel. En prenant cette vague, je donne la priorité aux trois autres de mes concurrents plus sélectifs. Enfin je reprends la priorité au bout de quinze bonnes minutes.

Une belle vague me susurre à l’oreille de la chevaucher. J’aurai du me méfier, je n’ai pas eu le nez creux. Convaincu, je m’engage. La perfide se lève, gonfle et se referme sans me laisser aucune porte de sortie. Je repars en quatrième position pour la priorité. Deux de mes adversaires ont chopé une bombe. Je suis mort.

Hawaii0Pas de faux semblants - Pipe exige l'affirmation de son propre styleKaiBargerancienchampiondumondejiujitsuetchargeurdegrossesvaguesVolcomsecurityKai Barger - ex champion du monde de iujitsu - Pipeline Charger - Sergent chef de la Volcom House

La Volcom House est le point de rencontre du North Shore. Tous les locaux viennent en terrasse prendre le café le matin en matant le Pipe. Pas un regard, pas un bonjour, mais tu sais qu’ils te voient. Et avec le temps te reconnaissent. Ici, on ne parle pas si l’on n’est pas convié à la discussion. Au bout d’une quinzaine de jours, quelques paroles, un petit check, une vanne à trois balles… Peu de règles mais faut s'y tenir. Tous les matins, chacun nettoie une partie de la maison. Tu fais ta vaisselle, ta bouffe et tu laisses clean. Rester humble et respecter les gars qui gardent la maison Volcom et tout roule. On loge à quinze dans la baraque. Jamais je ne m’étais retrouvé dans une telle promiscuité. Il y en a que cela ne dérangeait pas. Question de culture.

NotreChambre-allegeance-au-surfer-sion-decededansdesgrossesvaguesBack room.Le surfeur Sion décédé dans des grosses vagues célébré icone Samsung NX30Le discret japonais Guy Sato ne semble pas dépaysé de vivre aligné comme des sardines. Dans la maison traditionnelle japonaise, toute la famille vit dans au centre de la maison. Ils vivent, dorment, mangent en famille dans le même endroit en faisant juste coulisser des cloisons de papiers pour modifier l’espace. N’osant pas éclater de rire, il pousse des petits cris de pinson lorsque les mexicains tombé dans le mezcal quand ils étaient petits déconnent toute la journée en foutant un chaleureux et sympathique bordel.

Miguel le péruvien chargeur de gros, n’est pas venu ici compter fleurette à toutes ses américaines qui nous offre leur cul doré sous le nez en spectacle sur la plage. Lui est plutôt chauffée à blanc pour charger les plus grosses, passer des tours et marquer des points. Chez lui, tout est bien rangé, emballé, pas une chaussette ne s'échappe de sa valise, comme s’il était toujours en partance pour le grand voyage final.

Moi, je suis plutôt bordélique, mais je ne déborde pas l’espace confiné qui m’est attribué. De toute façon, je voyage léger. Trois shorts et trois tee-shirts, des pompes pour courir, un pull, ma tablette et mon matos de photo Samsung. Un jeune blondinet américain aux dents blanches à la mèche plaquée du bon coté loge également dans la Casbah. Un gars bien propre, sympa, un peu poulpe.

Dans le jardin derrière la maison, trône un discret bananier. Je l’entends se marrer toute la journée. Il est stone du matin au soir. Tous les gars lui rendent visitent pour lui raconter des histoires de vagues abracadabrantesques en pouffant de rire avant se jeter à l’eau la tête en feu.

Aloha

PaulcZart

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
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