Bon timing à Kauaï. Janvier-Février. Les swells s’enchaînent à la queue leu leu. Du nord-est au nord-ouest, ils se croisent, se chevauchent, se doublent, se bousculent pour savoir qui va arriver en première ligne au North Shore.

Se poser du coté d’Hanalei est une bonne option. En fonction du swell et du vent, il est plutôt facile de décider d’aller à l’ouest vers « Cannons » où « Tunnels », de se coller sur la baie d’Hanalei ou d’aller fureter à l’est sur les nombreux spots qui se succèdent. Ici, le surf est avant tout un défi. Par rapport à soi, aux vagues et aux autres surfeurs dans l’eau. Si parfois ça discute un peu avant d’aller à l’eau, une fois que les langoustes sont dans la marmite, elles ne parlent plus.

Bottum-Turn Tunnels Kauaï

Les spots où quelques vieux crocodiles se prélassent sur leur planche en blaguant avec leurs voisins font exceptions. Hanalei est une vague vraiment sympa et l’ambiance est généralement excellente à l’eau.

Ambiance surf cigare à Hanalei

La vague est une très longue droite à manœuvres et à tubes constituée d’une succession de 4 à 5 pics qui se connectent lors d’excellentes conditions. Le spot supporte d’énormes swells. Lorsque la vague devient vraiment solide, les crocodiles sortent des « guns » de plus de 10 pieds et chargent comme des malades avec l’idée de s’offrir une caverne d’Ali Baba.

Kauai est un lieu où il ne faut pas chercher à s’imposer en allant chercher la vague au pic mais tenter d’entrer dans le cercle des mecs à l’eau. Pas évident d’autant que les gars ne parlent pas. Donc, il faut du temps pour être accepté. Dans la mesure où le pic n’est pas forcément la bonne option, j’étais souvent placé en deuxième ou troisième rideau avec l’idée de chopper des vagues décalées et d’être hyper réactif lorsque les gars se brûlent les ailes à la lumière des bombes. Pas mal de déchets dans mon assiette. Parfois l’entrecôte s’avérait un peu nerveuse et filandreuse. « You have to pay your duties ».

Le choix des planches n’est pas évident. La plupart des gars chaussent grands quand les vagues bombardent parce que leur objectif est de chopper les plus grosses et d’enquiller des tubes. Mais la plupart des vagues n’offrent pas seulement des sections qui tubent mais des portions où il est possible d’enchaîner des manœuvres. Pour bien surfer ces zones, j’optai pour des planches plus courtes mais cela compliquait les choses pour partir tôt et assurer un « late take-off » (départ tardif) dans une zone peuplée de solides prétendants.

Avec un « quiver » de 5 planches, j’ai un peu gigoté sur les « Beach Breaks » avec ma petite 5’7, utilisé mes deux 5’11 pour la plupart des vagues d’un mètre à deux mètres, réservé ma 6’3 pour des houles plus puissantes d’un mètre cinquante à trois mètres, et une 6’7 acheté au marché aux puces (organisé par la communauté des surfeurs chaque premier samedi du mois) pour les gros swells d’Hanalei.

Surf board garage. Fleamarket

Ici pas de culture « Tricks ». Non pas que les gars ne savent pas les faire, mais ça fait un peu « kakou ». Ici on préfère le mat au brillant. Pas de « sticker » sur les planches, pas de défilé de mode, et donc pas de photos. Simple et basique. La priorité est d’abord de passer les sections sans se faire couper la tête, le reste est secondaire et accessoire. « Alley-oop », « Air Reverse »…et autres sucreries au placard. Pendant longtemps Andy Irons s’était refusé à faire la danseuse. Son ombre plane étrangement sur Kauaï.

Bon, j’avoue !!! J’ai quand même engagé quelques roulades et galipettes.

Surf galipètes Kauaï

Contrairement au Nicaragua, ici, il est vraiment difficile de replaquer les manœuvres. C’est certainement lié à la vitesse importante de la houle qui arrive sur Kauai et surtout à cette puissance amplifiée par la profondeur de l’océan à proximité de la côte. Ainsi lorsqu’on est en l’air, la houle continue à avancer (plus rapidement qu’au Nicaragua et qu’en France) et on a donc tendance à se réceptionner derrière la vague.

Heureusement que je bosse ma physique !!! Lorsque les vagues arrivent frontalement sur les spots, il devient vraiment difficile de passer des manœuvres aériennes (surtout par fort vent de terre ou vent latéral « cross-shore »), par contre lorsque la houle s’enroule autour de spots bien orientés, elle ralentit et peut offrir de succulents tremplins.

Le swell s’essouffle, les nuages lâchent des trombes d’eau. L’hiver s’achève bientôt dans le Pacifique Nord. Portés par les saisons et le rythme des dépressions, le temps est venu de plier nos gaules pour poursuivre dans le Pacifique Sud, notre chasse aux mammouths.

Mahalo

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
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