unballonun ballon tout en couleur suspendu à mes petites mains potelées du haut de mes trois ans. Voilà mon désarroi ! Samsung Galaxy

Du muscle, du poids, du volume, de la matière, de la force….je commence à en avoir assez de flotter en apesanteur. Un cerf-volant, un ballon tout en couleur suspendu à mes petites mains potelées du haut de mes trois ans, dont l’explosion inévitable me faisait tomber en larmes. Voilà mon désarroi.

Ma carcasse s’envole à chaque frémissement du vent ou au moindre clapot. Ma monture se dérobe. Piètre cavalier, je ne peux pas encore prétendre au statut de Mavericks tant admiré par les indiens ; ces puissants chevaux libres et solitaires qui galopent sur la crête des montagnes, sans se mélanger à la horde. Une race en voie d’extinction. Surtout en surf. La puissance et la force restent souvent le prix à payer pour sauver sa tête surtout lorsque les vagues sont grosses, clapoteuses, puissantes ou molles. Le prix de la liberté !

Les surfeurs pro l’ont bien compris. Aujourd’hui la plupart misent beaucoup sur leurs biscotos pour terrasser leurs adversaires et dompter les vagues. Pas une semaine sur le web du surf sans nous les briser avec l’entraînement, la préparation physique ou les méthodes d’un tel ou d’un tel. Ils veulent tous à être célébrés au rang de Mavericks. Le résultat n’est toujours bien heureux.

Lorsque les qualités physiques des surfeurs s’expriment sur une solide base technique, leur surf gagne alors en efficacité, puissance, panache et virtuosité. Même les plus gros et gras sont capables de tirer les marrons du feu dans des vagues de trois pommes.                                             

crucifictionquelalumieresoitalleluiaCrucifixion Hawaii 14 ans

Que la lumière soit ! Alléluia. 

D’autres, moins inspirés, mettent la charrue avant les bœufs, en bossant depuis tout jeune leur préparation physique sans réellement maitriser les bases techniques. Là, on assiste à un surf de transporteur routier, un surf de bûcherons, bien souvent trop récompensé à mon gout par des juges somnolents qui comptent les gerbes laissées par la planche comme un bon landais compte les palombes. Et un, et deux, et trois. Zéro !!!

La plupart des surfeurs s’engouffrent dans la brèche du physique sans avoir conscience que cela ne suffira pas. Des « Mavericks » d’apparence, d’appartement, de guirlande, sans style, sans élégance, sans consistance.

La force est une condition nécessaire mais pas suffisante. Le surf n’est pas une histoire de force, de charrue et de bœufs. 

 

 

balayagedembrunsUne gerbe à effrayer les Fous de Bassan qui s'écartent de mon cheminJ'ai toujours refusé de casser des cailloux dans des salles de gym aux ordres d’un musculeux caporal. Je déteste le « pschitt… », lorsque le spray est seulement le résultat d’un coup de frein porté par les dérives. Je me suis toujours refusé à pousser, rugir, péter, défoncer la vague. J’ai toujours pensé qu’un carve radical n’avait pas besoin d’être démonstratif.

Pas besoin de pousser de l’eau avec les dérives. Illusion d’une puissance mesurée à la hauteur de « la gerbe », ce mot relou à vomir supposé traduire la traînée d’embruns arrachée à la vague.

Je ne suis pas plus fervent adepte du « Ahrrf, ahrrf « poussé par les aficionados de la puissance et du layback ; manœuvre qui consiste à donner un grand coup de patin pour changer de direction au moment où la vague ferme, et où la principale difficulté consiste à encaisser sur les jambes, le 69 G de force d’un poids lancé à 50 km heure, en grattant bien sa planche pour remonter sur ses appuis. Une histoire de testostérone. 

 

 

stuartkennedyetnathanhedgedeuxbucheronsaustraliensdutopmondialsamsungnx20Stuart Kennedy et Nathan Hedge. Deux solides bucherons australiens du top 30 mondial - Samsunglaybackpoussifpushing your limits

A l’inverse, mon surf cherche sa glisse sans mousse, sans remous, sans bavure, sans crachat, sans chantilly, sans batteur électrique, ni moissonneuse batteuse. Un surf de kendo, un surf de danseur, d’aquarelliste. Un surf où il s’agit de caresser la surface, comme on enlève la crème de son chocolat au lait. J’aime le « pfiitt…», ce bruit de supersonique, laissé par ma planche lorsque l’eau s’échappe par l’arrière.

caresserlavaguecommeonenlèvelacrèmedesonchocolataulaitcalligraphiesurfdekendoetdaaquaralisteintervention chirurgicale

Mais l’histoire me donne tort. Laybacks et autres « développés couchés « qui affirment puissance et testostérone sont hyper bien appréciés par les juges. Il me faut absolument revoir ma copie. Une conviction renforcée après mon premier voyage au Brésil dans ces beach-breaks close-out où les conditions exigeaient de prendre le plus de vitesse possible sur un espace très court avant de s’envoyer en l’air. Seul le résultat compte, pas de virage en bas de vague, pas de bottum, pas de style.

Les planches sont courtes, larges et plates. Des planches à ressort. Surf de kangourou, de marsupilami, les acrobates du cirque du soleil rivalisent. Avec ma planche étroite, ma planche de danseur, qui exige un surf de précision et d’horloger, mon surf d’aquarelliste n’avance pas, n’adhère pas et dégouline. Je n’arrive pas à prendre de l’eau. Ces vagues exigent la tronçonneuse, une peinture au couteau.

Rentrer dans la matière, mettre les mains dans la pate, et jeter tout cela sur un mur comme ces petits monstres à ventouse qui s’accrochent aux vitres avant de descendre en rappel. Un surf à la truelle. Torses bombés, le corps huilés, épilés, les muscles saillants, des cohortes de jeunes soldats, poupées de cire, surfent avec des ventouses aux pieds, comme ces balayettes à déboucher les chiottes. J’ai perdu. Le vent se lève. Il va falloir rapidement que je songe à renforcer les piquets de ma tente avant l’arrivée des bourrasques.

Désolé, je vous laisse, je pars soulever de la fonte… Chut

Paulczart

leventseleveMa carcasse s’envole à chaque frémissement du vent - Samsung Galaxy

desolejevouslaissejepartssouleverdelafontehaltère - cactus - surfboard - Samsung Galaxy

 

 

work in progress from Paulcesar On The Road on Vimeo.

Paul-Cesar Distinguin

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