au-croisement-des-chemins-france-hossegorSurfing On the Road. Voilà deux ans que je tourne autour de la terre avec livres et planches sous les bras. Itinérance où sur chaque lieu il faut reconstruire une maison de sable qu’il nous faudra abandonner en fonction des marées.

Mélange de plaisir et sensation de vide lorsque j’ai manqué ma première rentrée des classes en Première S. Plaisir de me retrouver à l’eau avec les Cloarecs Brothers et quelques autres dissidents engagés également dans l’enseignement à distance. Beaucoup moins de monde à l’eau, de belles sessions et pas d’horaires. Sensation de vide de se retrouver un peu seul, sorti du système.

Les copains occupés à brancher les copines, se raconter des histoires, organiser des soirées, où vanner les profs… je n’ai pas plongé les mains dans le pot de confiture. Mélange de plaisir et sensation de vide lorsque deux années plus tard je suis revenu au lycée pour le dernier trimestre avant de passer le bac S. Plaisir de me retrouver assis pendant des heures au fond de la classe à écouter attentivement le prof en me demandant comment j’allais rattraper mon retard ; plaisir de voir la gentillesse et l’attention des tahitiens à mon égard. Sensation de vide liée au fait de ne pas beaucoup surfer et ne plus être capable de décider de mon temps. La route a aiguisée ma sensibilité aux autres, aux mots, à l’environnement.

Lors de la finale mondiale de jeunes de moins de 16 ans (Grom’s Search au Bells) en Australie, François Payot, PDG de Rip Curl Monde, dît à mon père « qu’est ce qu’il va s’emmerder à passer son bac, ça ne sert à rien ». Dans un sens, cela m’avait un peu rassuré d’autant que j’étais vraiment en retard sur mon programme de français. Mais vu sous un autre angle, cela m’avait plutôt perturbé parce que cela remettait en question mon engagement à passer le bac.

Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il avait raison. La question n’est pas « bac » ou « pas bac » mais d’essayer de se donner les moyens de choisir sa vie. Ce n’est seulement une histoire d’argent. Mes parents n’ont pas d’argent et se sont endettés pour cette aventure et mon père a pris deux années de congés sans solde. Les sponsors on permis de réduire les frais mais cela était vraiment insuffisant. Tout récemment un team manager renommé me disait que le business du surf n’était pas au mieux, compte tenu de la crise et qu’il était prudent d’envisager un plan B au niveau du sponsoring. Good advice !!!

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Mais mon plan A, c’est de surfer et mon B, c’est de surfer. Pour le reste on verra. En fait, je n’ai jamais été flippé sur mon avenir. Je pense d’abord que c’est lié au fait que j’ai grandi dans une chambre d’un petit Hôtel tenue par ma mère danseuse de flamenco au cœur de Bordeaux. Des voisins différents tous les soirs. Des personnes de passage, des voyageurs, des touristes. On habite à coté de la synagogue de Bordeaux, tout près de l’église catholique traditionnaliste et du marché Saint-Michel. J’ai grandi dans une école laïque entourée de blacks et d’arabes, et moi, petit blanc surfeur coiffeur, je n’ai jamais eu un problème.

Cette confiance vient également du fait que je suis habité par le surf. Une passion change ta vie. Une passion qui amène au voyage, à la rencontre de l’autre, de l’inconnu. A la question du lieu qu’il préfère dans le monde, Kelly Slater, multiple champion de monde, répond qu’il se sent chez lui partout, dans tous les pays. C’est surement une des raisons de son parcours exceptionnel. Il se fond dans l’environnement avec les gens, leur nourriture, leur langage, leur vagues…

Je crois qu’il s’agit d’un élément clé pour accéder au haut niveau. C’est souvent le point faible de nombreux compétiteurs qui ne se sentent chez eux que chez eux. Le problème est l’enfermement des gens dans leur espace, leur histoire et leur vérité. C’est tellement rassurant de mettre des gens dans des cases. On The Road, j’ai souvent été surpris par des personnes plutôt sympathiques à mon égard mais à la vision du monde plutôt effrayante. Poser une étiquette sur les gens les autorise à stigmatiser leur religion, leur mode de vie ou leur nationalité.

A Kauai notamment, on a souvent rencontré des personnes proches du « TEA party »[1] (parti populiste de la droite américaine) convaincus que la France est un pays dangereux envahi d’étrangers menaçants. Ils craignent tellement pour leur petit confort qu’ils se barricadent chez eux avec des caméras de vidéo surveillance et des chiens de combat : et refusent que leurs enfants aillent à l’école par crainte d’être contaminé par les autres enfants et par leur professeur à la solde des communistes.

Quel contraste avec mon séjour sur la presqu’île de Tahiti. Ici pas de mur, pas de peur de l’autre, du barbare, de celui que l’on ne connaît pas. Une attention à l’autre, un sourire, une pudeur. J’adore ces gens.

On The Road, j’ai souvent rencontré beaucoup de gens de peu d’éducation qui n’ont pour tout repère que les informations et émissions vendues dans les programme de télévision. J’ai rencontré de nombreux Nicaraguayens convaincus que le poulet américain élevé en batterie est bien meilleur que leur poulet local galopant; et qui ne connaissent la France qu’au travers des matchs de foot du Paris St Germain, de l’Olympique de Marseille ou de l’Olympique Lyonnais dont ils suivent les retransmissions avec assiduité.

Si j’étais président de la république, je demanderai à l’école d’aider ces jeunes à s’ouvrir au monde et à décrypter textes et images. Show bizz et communication brouillent notre vision en balayant tout esprit critique.

Je rentre au pays. Enfin, retrouver ma famille et mes amis au pays du magret, de la truffe et des champignons. Enfin, retrouver mes spots favoris planqués derrière les dunes. Enfin, entendre ce sable blond crisser sous mes pas. Bac S en poche. Mission accomplie. Une page se tourne.

Dès le mois d’octobre je repars en solo On The Road again à l’ascension des cimes himalayennes du surf mondial professionnel. 

Mahalo

Paulc z’art.

[1] L’acronyme TEA signifie « Taxed Enough Already » (déjà suffisamment imposés).

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

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: Plage Nord - spot de la Gravière
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