IMG 86984Mon professeur d’espagnol est parfait. Un petit coté Sancho Panza dans le Don Quichotte de Cervantes. Chaque matin Ramiro, gare sa rutilante moto rouge pétard devant son office situé sur cette petite rue passante de San Juan Del Sur. Pompes cirées, costard bien démodé et chemise blanche qui épouse une brioche saillante, cheveux noirs gominés. Tout va bien.

Spanish School House Training à raison de 4 heures de cours d'espagnol par jour

A 5 dollars l’heure, le cours individuel, Ramiro fait partie de cette classe privilégiée du Nicaragua qui gagne correctement sa vie, en comparaison des enseignants du secteur publique dont le salaire moyen culmine aux alentours des 120 dollars par mois. Alors qu’une leçon de surf en groupe se négocie à 15 dollars de l’heure Ramiro regrette que son métier d’enseignant ne soit pas plus valorisé.

Plutôt fier de sa réussite sociale, il aurait tendance à broder sur son parcours personnel malgré les diplômes affichés comme autant de trophées sur le mur de son office. Pas certain qu’il ait le baccalauréat. Selon la banque mondiale, sur 100 enfants qui entrent à l’école primaire, seulement sept parviennent à l’école secondaire et un seul à l’éducation supérieur.

Sourire malicieux, Ramiro a surtout été suffisamment malin pour profiter de nombreux touristes essentiellement canadiens, suisse, australiens, américains attirés par cette nouvelle destination surf plus cool et moins couteuse que les proches voisins du Costa Rica. Il craint aujourd’hui que le gouvernement Ortega, proche du Vénézuelien Chavez s’occupe un peu trop de ses affaires en augmentant les taxes. Me voilà seul face à lui. Quatre heures par jour. Pas possible de somnoler ou de rêvasser au fond de la classe en attendant la fin des cours. Le temps passe pourtant assez vite.

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Portée sur un plateau, la vierge a droit à sa petite ballade quotidienne.

La grande croix qui s'agite dans son dos me regarde curieusement. Les mouvements chrétiens au Nicaragua sont en effet très importants malgré des tensions entre une église qui veut appuyer un processus de libération et celle qui maintient sa tradition en étant proche du pouvoir et des conservateurs. En tout cas au Nicaragua, les références à l’église sont omniprésentes. Tous les samedi, la représentation de la Vierge Marie a droit à sa petite ballade dans le village accompagnée par la fanfare locale et quelques pétards.

Mon prof se prend pour James Dean.

Pour se débrouiller au Nicaragua, la maitrise d’un vocabulaire de base est essentielle, chacun s’accommodant assez facilement d’une grammaire approximative. Au bout d’une heure studieuse, les cheveux au vent et le ventilo dans le nez, mon prof suggère un petit break, juste le temps d’avaler une soupe vermicelle au poulet en lieu du traditionnel café. Une heure plus tard, Ramiro est pris d’une subite envie de faire ronfler sa moto à l’heure de pointe. Ballade du coté du port pour élargir mon vocabulaire. A douze à l’heure, il se prend pour James Dean à klaxonner les filles, tout émoustillé de les voir se retourner et de me prendre à témoin, un brin gêné, de son succès.

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Sprinter pour rejoindre l'océan en espérant ne pas se faire repérer par les oiseaux

Huevos de tortugas

En cette période de l’année, les tortues arpentent les plages à la tombée de la nuit pour trouver le meilleur endroit pour déposer leurs œufs. Alors que cette espèce de tortue est protégée, de nombreux locaux, lampe de torche dans une main et téléphone portable dans l’autre, attendent patiemment chaque nuit leur visite. La course poursuite est engagée entre les protecteurs des tortues et les consommateurs. Le premier arrivé sur les lieux remporte la mise. Gober des œufs de tortues est une pratique coutumière particulièrement appréciée.

La propriétaire du Camping « Matilda » (où on loge) tente tant bien que mal de surveiller l’arrivée des tortues pour récupérer les œufs qu’elle ira enfouir sous le sable de son jardin. Aidée dans croisade par les beatniks, les écolos et autres voyageurs de passage qui n’hésitaient pas à racheter les œufs aux consommateurs autochtones, elle a pu ainsi récupérer plus de 500 œufs qui après deux mois de gestation devraient donner autant de bébés tortues qu’il faudra encore aider à rejoindre la mer sans être dévorés par les chiens ou les oiseaux. Au lendemain de ma première nuit en compagnie des tortues, mon prof me présente un œuf de tortue dont il casse délicatement la coquille, rajoute un peu de chili, citron, sel et soyu. Vraiment délicieux. Coupable de mon plaisir. La nature humaine est vraiment inhumaine !!!

Un surf de petites vagues difficile par vent de terre.

Ce soir, je n’ai pas bien surfé. Pourtant j’étais concentré. Cela veux-il dire quelque chose. Concentré ? Pas dispersé, pas ailleurs, en moi, focalisé, focus, engagé, déterminé…Bref, ce que l’on demande à tout bon élève.

Surfer des petites vagues exige de trouver le bon tempo. Or je me suis souvent trouvé à contre temps. Concentré n’est donc pas le bon mot, décentré non plus. Il me faut être plus disponible, concentré non pas pour faire quelque chose de précis, mais concentré à être disponible à chaque instant par rapport à ce que je perçois. Non pas une disponibilité passive, mais une disponibilité désirante. Non pas de quelque chose de précis. Un désir non réellement défini qui surgi du vide. Si le désir est trop précis de réaliser telle ou telle manœuvre, j’ai tendance alors à me concentrer, à me focaliser au détriment de cette disponibilité nécessaire pour ajuster mon surf au tempo de la vague.

Ne me parlez plus de concentration !!!

Mon cerveau fume ; besoin de dormir.

backside surf nicaragua paul-césarBackside Roll

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

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