Punta Roca Paul-César Distinguin

En route pour le Salvador, le plus petit pays d’Amérique Centrale. Arrivée périlleuse de nuit sur le petit aéroport de la capitale. Les éclairs déchirent les nuages et s’acharnent sur notre fragile carlingue. Zeus et Jupiter sont en colère.

Une pluie diluvienne se fracasse sur les vitres de l’aéroport. Le vent siffle dans les aigus et se joint à cet orchestre vivaldien. Un poteau électrique innocent se fait décapiter. Boum ! C’est le noir total dans la salle de débarquement. Black out total. Le noir est une couleur. Noir Soulages

La Mauvaise réputation

Trop tard pour rejoindre la côte, d’autant que je n’ai rien prévu pour loger. Le Salvador a mauvaise réputation. Un rapport publié en 2008, précise que le Salvador vient en tête des pays les plus dangereux du monde. Entre 2004 et 2009, proportionnellement plus de personnes y ont été tuées qu'en Irak. La guerre civile entre 1980 et 1992 a isolé le pays. La population est décimée (100000 morts provoqués par les funestes escadrons de la mort). Ce contexte d’instabilité a également favorisé la délinquance, notamment la création de gangs organisées extrêmement violent « les maras » qui se disputent le territoire. En 2012, une trêve est négociée avec les chefs « mareros » pour rendre leurs armes et à cesser les activités criminelles. L’idée qu’un Etat de droit puisse négocier directement ou indirectement, avec des organisations criminelles a suscité un tollé. N’empêche que les assassinats ont baissé de plus de 50%... Nous voilà rassuré…d’autant que les « maras » semblent plus préoccupés par le contrôle de la drogue et du racket que de faire les poches de surfeurs fauchés. Chasseurs, cueilleurs… on trouve vite une belle grotte avec vue sur spot à quelques kilomètres au nord de La Libertad . Mon père négocie le prix en échange de cours de français.

Des vagues à profusion

Posé sur les hauteurs, le « Kayu Resort » baigne dans la lumière en face d’une succulente droite, Sunzal Surf Break, une longue vague « fun » dans le style Parlementia (Guéthary). De nombreux spots tout autour, essentiellement des droites. Des vagues à profusion pour tous les goûts et tous les niveaux. Sucrées, salées, plates creuses ou galbés, les vagues, ici, sont girondes.

Paul-César El Salvador Samsung Galaxy

Spot de repli par petite houle - Samsung Galaxy

Marvin Flores, manager du Kayu Resort est un enfant du pays adorable. Bodyboardeur engagé, il nous amène sur tous les spots, nous introduit auprès de ses amis, se propose de nous aider à résoudre quelques embrouilles de location de voiture… Son sourire éclate lorsqu’on l’appelle « Silver back », ce fameux gorille au dos argenté qui fait fureur auprès de ces damoiselles… Comme la plupart des hôtels, un gardien de nuit veille sur notre sommeil. Casquette Nike visée sur le cabochon, une paire d’Adidas aux pieds et un fusil à pompe en mains, Carlos surveille et se réveille aux moindres ombres suspectes avant de partir discrètement au petit matin, enchaîner sur divers chantiers pour offrir un avenir à son fils. Des dents plaquées or pour seuls bijoux de famille, Carlos se régale à nous raconter ses entraînement et ses faits d’armes dans une langue dont je ne comprends rien.

Pas venu ici pour acheter du terrain

De mon coté, je ne suis pas venu ici pour acheter du terrain, mais pour forcer la porte d’un circuit pro qui se refuse à moi. La compétition commence dans 5 jours, je suis en position 23 « Alternate ». Bref, le 23ième remplaçant en cas de défection de surfeurs dans cette compétition limitée à 120 surfeurs sélectionnés sur la base du classement mondial. Faible chance de rentrer mais bon…comme le dit la pub, il n’y a que ceux qui jouent qui gagnent. Vagues magnifiques, le spot est considéré « World Class » par les spécialistes.

Une droite sculpturale déroule sur plusieurs centaines de mètres. Quelques oursins malins jouent à cache-cache sous les cailloux glissants. L’eau chaude troublée par les pluies prend la couleur de ces soupes aux oignons plutôt amères préparées par ma mère. La mise à l’eau est particulièrement épique. A l’affut sur le spot dès 5h du matin afin de ne manquer aucune série, je profite de l’obscurité pour chopper quelques bombes avant le début de la compétition.

Radicalité backside - Punta Roca - Samsung S4

Punta Roca mise à l'eau Paul-César Samsung Galaxy

Mise à l'eau épique au spot de Punta Roca - Samsung Galaxy

Condamné à attendre

Etre « alternate » demande beaucoup de patience. Poireauter pendant des heures et des jours sur le site de compétition à cuire comme un fruit sec sous le soleil écrasant. 24 heures de concentration sous la chaleur étouffante de ces dodus cailloux noirs. Mon âme se lamente au roulis sourd des cailloux malmenés par ces somptueuses vagues.

Pas de festin de tubes ou de farandoles, ni aujourd’hui, ni demain !!!

Juste quelques pupusas pour me caler les joues, ces tortillas de maïs garnies de frijoles (haricots rouge) de fromage ou de chicharrones . Un plat populaire national parfait pour accentuer la brioche. La partie était cruelle. Condamné à attendre sur le bord de touche à regarder les autres entrer dans la partie. A raison de 12 heures par jour, pendant deux jours, je me suis échauffé sans toucher un ballon. A aucun moment, je ne pouvais déserter le spot car j’étais supposé pouvoir entrer à tout moment. Observation du spot, de la façon dont les meilleurs réalisaient les bons scores, définition des options…toutes les 25 minutes, il fallait effacer les notes prises sur le tableau noir de mon cerveau pour ré analyser, reconsidérer la situation… Dernière série de la deuxième journée, l’hawaiien Sunny Garcia est absent, les autres remplaçants ont déserté le spot. Un espoir. Je suis chaud comme la braise. Les pieds dans l’eau, je me fais alpaguer par le « beach marshall » (shérif de la plage) qui m’explique que le compétiteur absent aurait du prévenir la veille pour que sa place soit libérée.

Fiasco !!! Cheveux cramés, yeux en feu et tête brulée, je suis condamné à rester sur le banc de touche à regarder, le nez collé à la vitrine, les petits fours qui déroulaient sous mes yeux.

Arrête tes lamentations ! Le pays est magnifique, les gens adorables !

3Pascapdeplonger-SamsungGalaxy

Pas cap de plonger !!! - Samsung Galaxy

Volcan Santa Anna-SamsungGalaxy

Volcan Santa Ana en fleurs - Samsung Galaxy

Profiter du bonheur d’être là pour saluer le volcan Santa Ana, dont les secousses ont froidement réveillé mon sang par nuit de pleine lune ; pour becqueter quelques insectes ou picorer ces fameuses plantes médicinales (héritage de la culture « pipil » ancêtre des mayas) proposés sur les marchés traditionnels ; trouver les bons plans pour l’année prochaine ; découvrir les nombreux secrets spots planqués sur ces 300 km de côte.

El Salavador Vendeurs de pasteques sur le bord des routes - SamsungGalaxy

Vendeurs de pastèques sur le bord des routes - Samsung Galaxy

Entre deux « Fincas » de café et d’orange, une petite maison sans eau ni électricité trône devant un spot déserté. Une fabuleuse vague m’ouvre ses bras. Que du bonheur !!!

Voilà en vidéo un petit feuilleté des spots salvadoriens glissés entre deux couches de vagues tahitiennes.

A bientôt On The Road

Paulcz’art

 

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
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