De retour en "Oz" pour la 3ième année consécutive. Pas venu ici pour prendre en photos les kangourous, ni pour enfiler les perles. Juste participer à deux de mes compétitions les plus importantes de l’année.

La première se déroule à Manly Beach [1], station friquée située à 70 km au nord de Sydney et la seconde dans la ville minière de Newcastle plus au nord. Le choix des sites de compétition n’est pas vraiment lié à la réputation de ces vagues souvent médiocres. Rien à voir avec les vagues chaudes et gouleyantes de la Gold Coast situées à 800 km plus au Nord. Ici l’eau est plutôt fraîche et turbide. Même les filles sont moins jolies.

CreditAndrewChristieCredit Andrew Christie

Manly au nord de Sydney

RespectManlyRespect Manly - Samsung NX30

 

Ici, le surf est dans la ville. Voiture, parking, contraventions, hôtels haut de gamme. On ne peut même plus pisser contre un arbre.Les vans sont interdits de parking et sont contraints le soir venu, de rejoindre une réserve d’indiens squatté par quelques beatniks barbus et leur descendance qui répond aux jolis prénoms de Star, Sun ou Flower. Pas question de piquer un petit cluc [2] à l’ancienne dans une vieille carlingue face à la mer, histoire d’être à l’eau avant le premier rayon de soleil.

 

 

Manly BeachManly Beach - Samsung NX 30

 

L’option sera donc un backpacker [3], à 250 dollars australiens (1€ ≈ 1,4$ Aus) la semaine. Cuisine, douches et toilettes communes et wifi à 100 mètres du spot. Voilà pour l’annonce !!! J’aurai du me méfier ! L’unique salle de bain est équipée de deux douches et de deux toilettes ….pour une quinzaine de types, tous plus ou moins louches. Ici, couler un petit bronze peinard tranquille est un privilège. Ici, les personnages tout droits sortis d’un film d’Hitchcock hantent la maison. Une mamie fantôme bien allumée tapote toute la journée aux jeux vidéos.

Mammievideo

Bizarrement, les gens effrayants rodent dans la cuisine à ouvrir et fermer le frigo ; sans rien prendre. Ces gens ne me regardent jamais, comme si j’étais transparent. Peut-être sont-ils tombés dans la marmite blanche quand ils étaient petits. Aucune surprise.... pas de vague annoncée. Moi, le géant blanc, je me suis fais ligoté par ces vagues de lilliputiens dans mon sommeil. Terrassé par des vagues de 50cm. Premier tour out. Voilà mon destin. Dans ce genre de vagues, la clé est de trouver rapidement le bon rythme avec les vagues et les priorités. Faut dire que les règles ont changé cette année sur le circuit pro.

Avant cela se jouait à la ruse. Le plus malin, le plus marin n’avait pas à attendre son tour pour prendre une vague. Maintenant il faut prendre un ticket et attendre son tour. Et si la vague ou ton corps te trahit, tu es condamné à refaire la queue. Comme au jeu de l’oie. Tu recules de plusieurs cases et tu passes trois fois ton tour avant de jeter de nouveau les dés. Ces nouvelles règles de priorités me dépassent et m’agacent. Nous les latins, on a un peu de mal avec la ligne droite et les panneaux de signalisation. Quel plaisir de feinter la queue et de resquiller quelques places. Mais là, pas possible. Ils sont cinq de la maréchaussée planqués dans la tour des juges à vous surveiller pour vous coller une contravention au moindre dépassement.

Bref, dorénavant, il faut attendre d’abord son tour puis prendre la bombe en surfant à 80% de son niveau sans tomber pour obtenir deux scores et passer sa série. Triste surf. Je me demande si cela ne va pas mal finir dans les piscines à vagues cette histoire. Je vous les laisse !!! « Paul-César, ne te laisse pas envahir par tes sentiments. Un sportif doit rester positif. » Soit ! Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ! Je ne sais pas quel est le zozo qui a raconté ça !!!

Logement payé, éliminé au premier tour, il me reste une bonne semaine pour apprivoiser les autochtones. L’ambiance à Manly est sympa. Le moindre centimètre carré de plage est occupé par ces milliers de plagistes qui déboulent de Sydney par ferry pour bronzer et assister à la mascarade. Ici, des filles sulfureuses gonflées à l’hélium poussent des petits cris hystériques pour encourager les dizaines de bodybuilders qui enchaînent tout en sourire pompes, tractions, et autres développés-couchés au rythme d’une musique « deep house » à enflammer la plage.

Là, des enfants s’enterrent dans le sable. Plus loin, deux jolies filles maigrichonnes chaloupent avant de prendre la pose, comme lors d’un défilé de Karl Lagerfeld… Bref, la Beach Culture dans toute sa splendeur !

A quatre heures de bus. Newcastle. Changement de décor.

NewcsatleIndustrielNewcastle Industriel - Samsung NX30

Cette fois, je loge dans un hôtel sympa à 15 minutes à pieds du spot. L’eau est un peu poisseuse et pas vraiment avenante. Un requin de trois mètres a été aperçu sur le spot de compétition. Le spot est interdit 24 heures. Les festivités reprennent enfin. Il est 6 heures du matin, l’heure du ptit déj pour les requins.

SharkShark threat - Samsung NX30J’hésite à aller à l’eau pour m’échauffer sur le spot avant le début de la compétition. Les deux jets skis réquisitionnés pour assurer la sécurité des compétiteurs ne sont pas encore opérationnels. Quelques surfeurs téméraires se jettent à l’eau ; je décide de garder les pieds sur la terre ferme. Donc pas d’échauffement à l’eau avant série, pas de vagues… et des requins qui rigolent.

De nouveau l’alarme requin sonne. Compétition reportée 4 heures plus tard. Une fois de plus, je retombe dans mes travers. Trop de précipitation, manque de rythme et mauvais choix tactique auront raison de mon enthousiasme et de ma bonne humeur. Nia nia nia…je m'insupporte. Je lâche la bride et je tente des manœuvres impossibles. Eliminé. Trois milles euros partis en fumée sans passer un tour.

De super vagues annoncées sur la Gold Coast au pays de Bambi. Je décide de repousser mon billet d’une dizaine de jours pour un road trip avec Volcom. Andrew Christie, un talentueux taiseux photographe pilote le van. Deux jeunes recrues du team, Harley et Jackson sont de la partie. Même les secrets spots les plus connus refusent de s’offrir au tranchant de nos dérives. Rien d’alléchant excepté quelques « beef pies », une spécialité australienne, tarte fourrée au bœuf et aux légumes. Du coté de Ballina , une petite vague souriante, sans personne à l’eau s’offre enfin à nous. Galipettes et farandoles de reverse et air reverse avant d’apprendre qu’un type s’était fait croqué au même endroit trois semaines auparavant. 

Enfin la Goldcoast.

La compétition du world tour va bientôt commencer. L’ambiance est tendue. Les australiens ne sont toujours pas remis de s’être fait subtiliser le titre par le Brésilien Gabriel Medina. Pas de vagues exceptionnelles annoncées.

Ces messieurs du World Tour font la fine bouche considérant que les vagues ne sont pas dignes de leurs talents. Les jours se suivent et se ressemblent. Après avoir pris l’avis des surfeurs, la compétition est reportée, libérant ainsi le spot aux centaines de surfeurs affamés bien décidés à s’empiffrer de ces joyeuses sucreries.

 J’aurai été bien content de surfer ces vagues en compétition toute l’année. En comparaison des conditions de vagues que j’ai rencontré en Argentine, au Japon, Virginie, ou en Chine, ils ne se rendent plus compte qu’ils ont la chance de déguster du caviar sur les spots du World Tour. Moi aussi, Paul-César, je prendrais volontiers, telle Cléopâtre, un bain au lait d’ânesse et aux pétales de roses ! 

Zart

Cleopatrebaindanessepetalerose

 

[1] Manly Beach : http://en.wikipedia.org/wiki/Manly_Beach

[2] « Cluc » : terme occitan et catalan : les yeux fermés

[3] Backpacker : Auberge de jeunesse

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
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