Australia Paul-César Distinguin

La vie de surfeur est une histoire de squat. Comment trouver un logement pas trop cher, près des spots ? Une histoire de rencontres au gré du vent, des vagues et des voyages.

Fraîchement débarqué de l’aéroport de Brisbane, ma housse de planche fourrée d’une demi-douzaine de « magic boards » attend sagement le bus qui doit me mener en une petite heure, sur ce légendaire spot de Burleigh Heads.

La frénésie de la ville contraste avec la douceur et la lenteur polynésiennes. Gratte-ciels à perte de vue et fastfoods à tous coins de rue ! Le nez collé à la vitre, je suis content de reprendre la route.

AustraliaBD2013.20

Brisbane vue du spot de "snapper rocks"- Samsung NX20

Un sourire suspendu à un mètre quatre vingt douze du sol m’accueille à la descente du bus. « Ia Orana » ! (Bonjour et bienvenu en tahitien). C’est Lucas ! Mon pote Lucas ! Un grand sashimi boy in love du surf, de Josh Kerr et de Sally Fitzgibbons. Un complice rencontré sur les bancs de l’école l’année dernière à Tahiti. Bac in the pocket, nos chemins se croisent, se décroisent, se recroisent. La vie ressemble parfois à un tricot. Etudiant en Management du sport à l’université de Griffith, classée dans le top cinq mondial des universités, Lucas a réussi à persuader ses parents qu’en étant près des spots, le défi à relever sera plus motivant. Très peu d’heures de cours et beaucoup de travail à la maison. L’essentiel n’est d’aligner des heures au fond de la classe mais d’être engagé, présent à la situation. Comme pour l’entraînement en surf !!! Logé à la même enseigne que Lucas dans une super famille d’accueil, quel régal !!!

Burleigh Heads, vague de classe mondiale, une belle droite creuse qui vient lécher une longue pointe rocheuse. Plus de monde que de vagues et de poissons ! Premiers contacts à l’eau un peu rugueux. Ambiance compétition en permanence. Les Australiens ne lâchent rien et marchent aux piles Duracell . Alors que l’on n’arrive plus à arquer un bras, les lapins roses continuent à taper dans l’eau. Non seulement ils ne te laissent aucune vague, mais lorsque la vague est à toi, ils te font les poches. De sérieux pickpockets !!!

A Hossegor, les locaux auraient sortis depuis longtemps la boite à gifles. Les vieux locaux, aux guns affutés comme des cure-dents, jouent les shérifs en réglementant la circulation à l’eau ! Les kanguboys prennent les restes…et nous… on se brosse!

Finies les cabrioles et les pirouettes! Seul le surf " rail to rail " est requis pour gagner des étoiles.

Freefinsbottumturn

Carving Surfing - Samsung NX20

Des locaux, chauds comme la braise ; des pros, morts de faim ; l’eau bouillonne. La frénésie se propage sur le spot! Lucas vient me parler en français, un local tranche la conversation : « Don’t fucking speak in your fucking language ! ». Merci Monsieur ! Un petit tour à Kawaii (où le localisme peut être vraiment violent) lui fait ferait grand bien à ce charmant jeune homme. Je plains sa copine.

Quelques jours avant le début de ma première compétition pro, un cyclone bien dodu joufflu a poussé sa chansonnette à plus de 200km/h ratissant tout sur son passage, avant de déverser toutes ses larmes sur la Gold Coast australienne. Coupures d’électricité ; front de mer ravagé ; arbres déracinés ; inondations. L’eau boueuse s’est répandue dans toute la ville. Des vagues furieuses de plus de 4 mètres s’excitent au large. Quelques innocents surfeurs jouent à cache-cache avec les nombreux requins attirés par cette eau saumâtre. Les plus jeunes profitent de l’océan déchaîné et marronâtre, transformé en immense Cappuccino pour s’éclater près du bord.

J’hésite à surfer ! Pensée à Fabien Bujon qui s’est fait croquer la main et le pied à St Leu l’année dernière, non sans combattre. Le type est un solide. C’était le premier surfeur que j’ai rencontré à Teahupoo, le lendemain de notre arrivée à Tahiti. Voilà déjà deux ans ! Un solide jour pour une entrée en matière, un jour parfait pour se blesser. Mon père en garde les cicatrices. Attendre donc. Attendre que la mer se calme et que le fond s’éclaircisse.

Au même moment, j’apprends qu’un surfeur de Montpellier Mathieu Cassaigne s’est fait attaquer un peu plus haut, au nord du coté de Noosa Head. Faire la sieste sur sa planche, seul, sur une plage isolée et fermée, en eau trouble, le type a vraiment fait n’importe quoiJ’étais sur ma planche, allongé sur le dos en train de me reposer, quand j’ai ouvert les yeux par hasard. A ce moment j’ai vu une gueule ouverte venir vers moi. Les souvenirs sont assez flous. La mâchoire a attrapé le bas de la planche et s’est à peine refermée sur le dessus, me mordant au passage au cou ».

AustraliaBD2013.9

Le temps se calme, de superbes vagues s’enroulent autour des nombreuses baies qui se succèdent tout au long de la côte. Les gourmands sont à la fête. La vague de Burleigh me semble plus docile. Il me faut du temps pour l’apprivoiser, pour trouver le rythme, les bonnes trajectoires, le bon placement et me faire respecter par les lapins roses. Blessure au pied avec ma dérive, sous le nez de Mick Fanning. Une coupure nette à 100 dollars le point de colle. Leçon en Australie. Pour éviter de payer (trop cher) aller plutôt à l’hôpital public.

Quatre jours d’arrêt juste avant le début de la compétition. Parfait pour recharger les batteries. Jamais classé sur le circuit, je ne suis jamais certain de pouvoir faire les compétitions auxquelles je suis inscrit car le format limite le nombre de participants. L’affaire est un peu compliquée car je suis obligé de tout organiser (inscription, voyage, hébergement,..) sans être certain de pouvoir participer aux compétitions. Les mieux classés sont prioritaires et ensuite les premiers inscrits non classés. Peu dotée en dollars et en points à gagner, le Burleigh pro (4 étoiles sur 6 étoiles plus) reste une compétition de prestige très prisée par les meilleurs mondiaux australiens. Le double champion de monde Mick Fanning (2007-2009), Adam Melling, Owen Wright, Matt Wilkinson, Bede Durbidge, participent à l’orgie.

Perdu en queue de peloton parmi les 160 compétiteurs qui ont payé les 250 dollars d’inscription, j’ouvre le bal dès le premier tour. Il me faudra passer trois tours pour rejoindre les meilleurs classés. L’ambiance sur la compétition est vraiment très agréable. Mes planches marchent bien ; je connais le spot ; l’environnement est chaleureux. Toujours positif, Lucas se libère autant qu’il peut pour me donner son mana (pouvoir d’influence dans la spiritualité tahitienne). Il s’agit plutôt un bon feeling lui permettant souvent d’éviter les problèmes. Sur le premier je score à ma surprise la meilleure vague de la journée. Les juges ont été généreux.

Ainsi, les trois premiers tours sont ainsi passés dans l’allégresse comme une lettre à la poste. Pas un surf transcendant mais efficace. A chaque série, j’arrive à assurer en obtenant un total de 14 points en moyenne, sans réellement prendre les super bombes (les meilleures vagues).

Vidéo Interview série 1 ; Vidéo Ralenti série 2 vague 1 ;Vidéo Ralenti série 2 vague 2 ; Vidéo Interview série 2 ; Vidéo Interview série 3

Enfin, je rejoins le 4ième tour où je retrouve les têtes d’affiche. Je suis notamment opposé à Adam Melling, sociétaire du top 32 mondial et l’excellent français Maxime Huscenot (champion du monde junior en 2009). Là, trop attentif à attendre des vagues à haut potentiel, j’ai sucré les Gariguettes (fraises) toute la série. Plutôt que de prendre les vagues moyennes qui passaient, j’ai attendu, attendu…et je n’ai rien vu venir. L’erreur aura été de changer une routine qui marchait, en plaçant la barre trop au niveau du choix de vague. Un bon parcours, une bonne leçon. La séance est terminée.

Souriez vous êtes filmés !!!

 

 

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

CONTACTS


: Plage Nord - spot de la Gravière
Captcha
  Mail is not sent.   Your email has been sent.

Ne manquez pas les news de Paul-César Distinguin