Pour preuve la double fessée culs nus que vient de prendre la jeune star Gabriel Médina, dont tout le mundillo du surf vante les mérites depuis sa remarquable performance lors de la finale mondiale du King of the Groms organisée en France lors de l’ouverture du Quik Pro 2009. Aujourd’hui sa piètre performance dans de super vagues ne pose-t-elle pas un petit problème de fond notamment au regard des superlatifs dont les médias du surf ont qualifié le phénomène Medina ? En résumé, au premier tour, il prend une première fessée par un rayonnant Mick Fanning dans des vagues d’un bon deux mètres au Bells avant de prendre sa deuxième correction combo par un lumineux Owen Wright sur le spot voisin de Winkipop . Médina est sorti de l’eau passablement dépité car il ne s’agissait pas d’une petite rouste, mais d’une correction, d’un truc dont on se souvient toute sa vie. Une situation où l’on aurait envie de disparaître ou de marcher à l’ombre. Une saine piqure de rappel aux exigences du surf de haut niveau. Le contraste avec ses adversaires fut saisissant. Alors que Mick Fanning et Owen Wright semblaient préoccupés à trouver les meilleures trajectoires par une combinaison de manœuvres appropriées pour faire la vague, on avait le sentiment que Medina pensait d’abord à la manœuvre avant la vague, espérant sans doute que sa maitrise des manœuvres aériennes pouvait faire le spectacle et la différence. Un surf sans respiration La photo est belle mais la manoeuvre sans amplitude manque de respiration Il ne s’agit pas là de remettre en question les qualités exceptionnelles de Médina et son avenir professionnel mais de se demander si cette tendance à survaloriser le surf aérien et les manœuvres innovantes ne risque telle pas d’évacuer l’idée de faire la vague. L’excès de ce surf new school pousse les grom’s à envisager la vague comme une succession de tremplins. Les groms ne cherchent plus à surfer la vague mais à sauter. La mode est donc au trampoline… Le problème devient radicalement différent lorsque les vagues de taille commencent à dépasser la taille Napoléon. Dès lors, la vague reprend alors la main en imposant sa puissance et son rythme. Bien entendu les manœuvres innovantes et le surf aérien sont aujourd’hui indispensables à maîtriser mais cela reste une condition nécessaire pour accéder à l’élite professionnelle mais pas une condition suffisante. Parmi tous les jeunes groms dont on vante ici les mérites comme autant de futurs champions du monde professionnels, la plupart disparaîtront de la scène car ce sont surtout d’excellents gymnastes qui brillent au cirque du soleil du surf. La première condition pour accéder à l’élite professionnelle est d‘abord d’être un surfeur et pas seulement un ours savant. Respirer, s'éloigner, s'écarter, s'appuyer Si l’on compare les vidéos de Gabriel Medina et d’Owen Wright au même âge, sans contestation Gabriel emporte la mise dans la propreté, la finitude de ses manœuvres alors que le surf de ce grand dadet d’Owen Wright parait nettement moins abouti et prometteur. En se penchant d’un peu plus près sur les images, on se rend compte en fait que les trajectoires d’Owen Wright relèvent d’une intention d’une justesse remarquable alors qu’à contrario Medina semble se focaliser sur les manœuvres au risque parfois de négliger la trajectoire et à la vitesse. Dans de petites conditions l’amplitude des manœuvres aériennes de Medina marque à tel point notre vision qu’il arrive à nous faire oublier la vague. Le surf innovant porte ce danger de brouiller les cartes, de nous distraire de l’essentiel comme lorsqu’une bonne pub vient nous réveiller d’une film ennuyeux. Mais lorsque la vague s’impose comme dans de nombreuses vagues du WCT comme Pipeline, Teahupoo, ou ici le Bells, le surf reprend ses droits car il s’agit d’abord et surtout de faire la vague. Les manœuvres doivent rester au service de la trajectoire et non pas exister comme une sorte d’aboutissement du surf. Ces jeunes surfeurs ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour rivaliser avec des Parkinson, Slater et autres surfeurs confirmés de haute mer. Ne faudrait-il pas dès lors attendre un peu avant de les célébrer comme autant de mutants qui vont révolutionner le surf ? Ne faudrait-il pas attendre un peu avant de trop les encadrer par des experts de tout bords et les désocialiser si jeunes en les dispensant de porter leurs planches, de laver leurs linges ou de waxer leurs boards ? Le Bells fête ses 50 ans et les vagues ont le sourire malicieux.

Francis Distinguin

A surfer !!! What is that ?

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