De plage en plage, de sessions en sessions, il y a toujours un moment où la question des ailerons s’invite à la table de la conversation. Discussion de comptoir. Blabla ??? Questions floues - réponses incertaines. Le sujet n’est pas évident à aborder. Victor, Jean-Charles, Marie-Françoise ou Paul Bismuth….voilà un petit résumé de conversations discrètes.

Futures ou FCS ?

Je ne sais pas. Je surfe avec des FCS. Ce n’est pas un hasard si les meilleurs au monde surfent tous avec des Futures (Jordy smith, john john florence, taj, sébastian zietz, michel bourrez, brett simson, mitch crew , craig anderson et rob machado,..) ou FCS (Kelly, Adriano De Souza, CJ Hobgood et Damo, Gabriel Medina, Julian Wilson, Kolohe Andino, Matt Wilkinson, Mick Fanning, Joan Duru, Ozzie Wright, Sally Fitzgibbons, Laura Enever, Pauline Ado… . Chacun cherche le meilleur matériel pour être plus performant. Il ne faut pas croire que les gars surfent sur ce matos parce qu’ils sont sponsorisés. A haut niveau, personne ne fait des concessions par rapport à sa pratique. Il ne me viendrait pas à l’idée de surfer avec des fins « pourries » au motif qu’on me les donnerait. Il est essentiel de garder sa liberté.

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Mais tu surfes et tu cites FCS.

Je ne suis le commercial de personne. Chacun son boulot. J’ai la chance de pouvoir tester et surfer avec des dérives FCS dont les modèles sont été conçus parmi les meilleurs surfeurs et shapeurs au monde. FCS m’aide en me donnant un peu de matériel pour une valeur déterminée en fonction de mes résultats, de ma communication… Ca, c’est leur business. Lorsque j’atteins la valeur fixée, je paye mon matériel. Je fais donc des choix ciblés sur deux/trois modèles d’ailerons en espérant trouver la perle. Sinon je fouille dans mes poches crevées…en espérant accéder au ciel.

C’est donc du business.

Oui, mais cela ne me concerne pas directement. La marque, la signature….L’idée est de demander aux meilleurs surfeurs et shapeurs de partager leur expérience. La création, la fabrication d’un nouveau modèle qui ait du succès suppose d’abord de s’appuyer sur un surfeur et/ou shapeur de notoriété dont le niveau de surf suffit à valider ses choix et la qualité de ses fins. Aujourd’hui, je ne suis ni leader, ni suiveur, je fais seulement ma route. Il y a derrière chaque modèle un long travail sur les matériaux, les mesures…toute une équipe qui travaille sur les aspects recherche et développement. Pour que cela soit rentable, il leur faut des modèles leaders supposés convenir à tout le monde. C’est donc un peu compliqué !

Un paradoxe ! Comment un modèle élaboré par un surfeur pour lui-même pourrait-il être adapté à tous ?

Il s’agit d’une série « signature ». Effectivement le développement d’un produit pour tous n’autorise pas une radicalité dans des choix liés à un style, aux caractéristiques vraiment spécifiques du surfeur qui porte le nom du modèle. Il y a une dimension normative de ces modèles. Lorsque FCS ou Futures décident de valider un modèle, ils s’assurent préalablement que ce modèle peut concerner beaucoup de monde. Dans leur catalogue il n’y a pas vraiment de véritable radicalité, la plupart des modèles d’ailerons sont très similaires au niveau des courbes et des mesures. C’est aussi pour cela que ces marques ont besoin de surfeurs pour tester leur matériel et avoir un feedback sur le comportement de leurs modèles en fonction du style, de la technique et des vagues.

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« One size fit for all », c’est l’idée de créer un Blockbuster comme dans le cinéma ou l’industrie pharmaceutique ?

Le schéma est un peu pareil, mais la grosse différence est que les marques de fins font d’abord de la recherche sur des modèles qui concernent les meilleurs surfeurs au monde, alors que l’industrie pharmaceutique investit essentiellement sur des médicaments susceptibles d’intéresser des millions de personnes . Ils n’investissent pas sur les maladies rares. FCS est développé par des surfeurs. Ils savent très bien que « One size doesn’t fit for all ». Tester leurs modèles leur permet d’avoir notre feed-back et de faire évoluer leur matériel, et pour nous tout l’intérêt est de pouvoir surfer des fins fiables validées par les meilleurs et d’être plus performant.

Les meilleurs surfeurs influencent considérablement les tendances. On est souvent tenté d’utiliser les mêmes modèles que les surfeurs que l’on aime bien. Dans le monde de la compétition, la plupart des surfeurs opèrent comme moi. Je veux le dernier modèle d’untel en fibre de nénuphar parce que ce surfeur fracasse, qu’il m’inspire, que je veux surfer comme lui. Mais c’est du flan… Le violon n’a jamais fait le violoniste. Les ailerons sont de beaux instruments, et ça fait forcément un peu rêver. On veut donc tous les mêmes modèles à « la mode » au même moment.

Chaque marque, FCS et Futures présente chaque année des modèles innovants en espérant que tout le monde se les arrache. D’où l’intérêt de travailler à l’élaboration des modèles avec les shapeurs dans la mesure où ils shapent avec de nombreux surfeurs tous différents. Des modèles d’ailerons qui portent la signature de surfeurs sont également intéressants mais concernent plus spécifiquement tel ou tel type de surfeur. Bref, on bataille tous pour avoir les derniers modèles de shapeurs ou de surfeurs en primeur.

Dans un autre sens, où on ne peut parler que de ce que l’on sait, a testé, a senti…nécessairement on valide un modèle uniquement en fonction de son expérience personnelle…laquelle quelque part est relativement limitée au regard de possibilités infinies.

Dans le monde du surf professionnel, il y a ceux qui veulent prendre une longueur d’avance et qui prennent le risque d’innover et ceux qui surveillent leurs voisins, les planches qu’ils utilisent, le type de fins…et qui trouvent le meilleur compromis par rapport à leur surf sans trop prendre de risque. On a donc bien une forme de responsabilité, toujours un peu manipulé et manipulant. Heureusement que les surfeurs sont partis prenantes dans l’évolution de leur matériel.

Comment tu conjugues l'évolution des mesures de tes planches et de tes ailerons ?

Ma priorité est de trouver du matériel qui privilégie la vitesse et la manœuvrabilité. Je manque encore de recul. La priorité est d’abord de trouver des bonnes planches par rapport aux vagues, l’évolution de mon surf et mes objectifs. Ensuite, j’affine avec l’ajustement de mes ailerons. Avec l’expérience, les meilleurs ont des bases fiables de modèles et de mesures ce qui leur permet de ne pas repartir à chaque fois à zéro. Moi j’aurai tendance à choisir dans un premier temps des fins assez basiques et consensuelles, qui sont adaptées à mon surf… Par exemple, je me sens très à l’aise avec le modèle FCS carver, dont la courbe favorise un surf en carving avec des accélérations à la sortie du virage…mais je pense que dois aller chercher des ailerons plus réactifs pour le Pocket Surfing très valorisé en compétition (modèle reactor), peut-être faut-il que je m’oriente vers un modèle intermédiaire… Puis ensuite j’essaye d’explorer à coté. Pour éviter de me perdre, je procède du général au particulier, et j’avance toujours un peu en aveugle, par tâtonnement.

Plus précisément, comme tu choisis un modèle…

Honnêtement, je suis d’abord attiré par le nom du surfeur ou du shapeur, mais également sensible au toucher, aux couleurs aux matériaux, aux lignes, …un peu aux apparences. Si je choisis des ailerons d’un surfeur connu, je vérifie si le surfeur signataire utilise son modèle en compétition et dans quelles conditions… L’idéal serait de savoir pourquoi et comment tel ou tel surfeur a développé tel type de matériel. Derrière chaque modèle, se cache une démarche personnelle, à une recherche supposée répondre à une question que se pose le surfeur sur sa technique, son style, sa vitesse,….Il y a là un aspect un peu intime et secret.

Dans quelles conditions et pourquoi faire ? Comment s’est défini le choix des formes et des mesures ? A mon avis, ce sont les bonnes questions, mais nous pauvres copieurs/colleurs, on a pas les réponses.

Tu aurais donc tendance à choisir un modèle en fonction du style et du gabarit du surfeur qui a élaboré tel ou tel modèle ???

J’aimerai dire non, mais oui. Inconsciemment peut-être. Je sais pourtant que même si j'apprécie beaucoup l'esthétique de Julian Wilson, ce n’est pour autant que ses besoins, sa quête et ses solutions valent pour moi. Il y a un écart infranchissable du fait que l’on est différent.

Quel a été ton dernier investissement ?

Je me suis risqué à essayer un modèle créé par Tom Carroll. On n’a pas le même surf mais je me suis dit qu’il y avait peut-être une proximité entre ma quête et la sienne, sans pour autant être fan de son surf. En comparaison d’aujourd’hui, Tom Carroll appartient à une génération de surfeurs qui surfaient sur des grandes planches, plutôt étroites. Compte tenu de « son grand âge » et de sa technique sur le rail, il lui faut pouvoir mieux serrer ses courbes tout en gardant du « drive ». Je me dis que c’est un peu ce que je cherche…et que ce gars a du se creuser le cerveau pour créer son modèle. Donc pourquoi pas ? La difficulté dans le choix d’un modèle est de ne pas se faire envahir par l’aspect psychologique et ne juger à priori, en me disant, Tom Carroll est un "has been" dont le surf puissant n’a rien à voir avec moi. Dans le même temps, je suis en train de tester les derniers modèles FCS2.

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Vous discutez entre surfeurs du choix des ailerons ?

Très peu. Ce n’est pas évident d’expliquer avec des mots, le pourquoi du comment. On se limite souvent à dire « j’aime » ou « je n’aime pas » en fonction des conditions et des planches. On se pose quand même des questions.

Par exemple, Joan Duru utilse générallement des AM2 Large, des dérives qui ont beaucoup de drive et qui semblent bien correspondre à son surf. Mais ils se demande s'il ne serait mieux récompensé par les juges s'il amplifiait la gerbe avec des ailerons un peu plus souples qui favorisent le dérapage en fin de manoeuvre. La gerbe n’est pas dans les critères de jugement, mais les gars qui font de la gerbe font souvent des scores !!! Bizarre.  

Il testait récemment le model accelerator de FCS, des fins qui ont un peu moins de Drive mais plus de ....Il a la sensation de bien surfer avec ces dérives uniquement dans des petites vagues, esentiellement sur des gauches. Mais il n'est pas sûr d'être plus efficace. Surfer pro est devenu un véritable travail d'horloger !

Ca t’intéresserait de développer un modèle PC ?

J’en suis loin…Ce serait vraiment prématuré, je ne suis pas du tout prêt…mais pourquoi pas un jour. Pour l’instant, je préfère butiner…

Paul-Cesar Distinguin

Pro surfer

"There was nowhere to go but everywhere, so just keep rolling under the stars" Jack Kerouac

 

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: Plage Nord - spot de la Gravière
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