Pol Barets Peyrelongue TeahupooEntrechat de Pol Barets Peyrelongue à Teahupoo

Passer du temps à l’eau et attendre….L’attente est faite pour créer un état de disponibilité, pour nous mettre en état de souplesse à l’égard des choses, des personnes ou des évènements. Teahupoo. Les images monstrueuses ont tellement imprégné les jeunes qu’il est indispensable de se débarrasser de ces images pour pouvoir effectivement surfer la vague.

Que dire de plus ? Passer du temps dans l’eau et attendre… Attendre quoi ? Tout et n’importe quoi, comme si à force d’attendre la situation se décantait. Il faut en fait attendre que l’anecdotique qui encombre, laisse place à la clarté, à quelque chose de fluide, simple et évident.

Pol Barets Peyrelongue attend d’être envahit par ce silence. Les agitations de la mer en surface n’empêchent pas qu’il y ait du silence dans les profondeurs. Attendre, pour avoir le sentiment d’être à la bonne place. Si tu te demandes encore ce que tu fais là, tu ne peux pas prendre la bonne vague et trouver les bonnes trajectoires.

Pol est dans l’eau immobile. Mais ça bouge à l’intérieur, son corps se déplace et se projette sur chaque vague, même s’il reste immobile. Il cherche son corps par rapport à lui-même et de ce fait par rapport à tout ce qui le touche où l’atteint. Rien que le silence pour laisser venir à lui la bonne position, le bon placement, le bon état et laisser les choses se faire.

Prendre le temps de regarder les vagues, prendre le temps d’observer les séries plus ouest qui décalent, prendre le temps de s’habituer au bruit métallique de la vague, prendre le temps de scruter les failles et le récif, prendre le temps d'apprécier le placement et l’engagement des habitués…

Prendre le temps que les choses qui nous troublaient, qui étaient plus ou moins en désordre, qui brouillaient notre vue, se mettent en place les unes par rapport aux autres. Attendre cette disponibilité qui permet de mieux voir et de prendre la bonne mesure de la situation.

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                        Pol à Teahupoo. Ne pas penser mais voir !

Aucune explication superflue. Une seule consigne : prendre le temps. Le temps nécessaire pour se trouver et s’approprier l’âme de la vague. Il s’agit d’accéder à cet état où « lorsque je veux penser, je vois » comme l’écrit le poète portugais de la mer Fernando Pessoa à propos de l’acte de création. Tenter d’expliquer comment faire pour surfer Teahupoo, c’est mettre un intermédiaire de plus entre Pol et la vague, donc un obstacle de plus. On ne peut pas expliquer à un enfant comment marcher, comment courir. Je suis réduit à n’être qu’un simple spectateur.

Pol a bien conscience qu’il y a un moment où il faut s’y mettre, il faut faire le pas. Il faut même chaque fois oublier comment on a fait, même si ça fait des années que l’on pratique. C’est la question de l’oubli.

L’oubli, c’est quelque chose comme ça, un état dans lequel on n’a pas besoin de se souvenir, c’est la vraie mémoire, celle qui garde tout en mémoire et qui nous permet de vivre sans que nous y prêtions attention. Une mémoire qui ne se rappelle de rien parce qu’elle est le moteur même de nos mouvements. L’oubli est le préalable absolu du leitmotiv « Go for it !!! ».

Le problème de Pol est qu’il n’oublie pas. Il est tombé dans la marmite de l’explication et de l’analyse quand il était petit.

Ses premiers symptômes se sont déclenchés très jeune lorsqu’il commençait à découper toujours méthodiquement sa pizza de l’extérieur vers l’intérieur par petits cercles concentriques pour finir par le cœur. Bizarre quand même ! Son cas s’est aggravé par la suite.

Passionné de rugby et fervent supporter du Biarritz Olympique, Pol quadrille le terrain pour analyser chaque match et commenter avec autorité le jeu des joueurs comme les choix tactiques des entraineurs. La raison est dans la raison.

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                       Pol et Paul-César. Complicité entre potes.

Pas étonnant alors que son surf se construise comme un échafaudage à la française. Un architecte, un géomètre, un plan, des fondations. Rien à voir avec certains qui s’attachent prioritairement à la peinture et la décoration. L’analyse est devenu sa deuxième nature. S’il avait à réunir les pièces d’un puzzle, il commencerait par assembler les lignes extérieures par couleur.

Rien à voir avec son ami Nelson Cloarec, par exemple, qui lui débuterait son puzzle par l’oiseau dans le ciel pour terminer par le cadre. Ainsi Nelson dessine de remarquables Air reverse comme autant d’oiseaux dans le ciel depuis plus de deux ans, alors que Pol est toujours à la truelle en train de renforcer son mur. De quoi nourrir quelques frustrations. Le danger serait de les comparer. Des natures différentes. La force de l’un est la faiblesse de l’autre et vice-versa.

Ici Teahupoo impose sa loi. Teahupoo n’est pas le lieu où l’on prend soin de la beauté. Teahupoo est le lieu de la vérité blessée à mort. Pol doit abandonner sa raison et faire confiance à sa vraie mémoire, celle qui a gardé la trace de toutes les vagues qui ont imprégnées Pol à son insu. Une mémoire qui ne se rappelle de rien mais qui met à nu.

Après plusieurs rounds d’observation à Teahupoo, Pol était prêt pour l’envol. La veille, il s’était taillé les cheveux comme s’il voulait se débarrasser de ses oripeaux, de cette image d’enfant modèle, premier de sa classe, toujours bien habillé, coiffé de son casque crème déambulant en scoot à Hossegor.

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                        Pol s'est offert une coupe chez André

La métamorphose a opéré. La veille de son départ Pol Barets part surfer Teahupoo pour son dernier surf. Tout a changé. La truite (surnom de Pol pour marquer un sens marin aigue et une capacité à se faufiler entre les surfeurs lorsqu’il y a du monde à l’eau) a enfin trouvé sa place pour faire corps avec la vague.

Un tube difficile d’autant plus étonnant que Pol n’avait jamais réellement tenté de tube backside auparavant. Mais le plus surprenant a été de voir Pol adopter une position aussi naturelle comme s’il s’agissait du millième tuyau d’un surfeur professionnel.

Comment une technique aussi élaborée peut-elle émerger comme par enchantement en ce lieu aussi radical ?

Sa prouesse sonne-t-elle le réveil d’un savoir et d’une compétence enfouis comme autant de mémoires vitales susceptibles de prendre les commandes de l’action ? D’où vient ce geste d’une justesse extrême sans étapes intermédiaires ni répétitions ?

De quoi bousculer les certitudes de nombreux entraîneurs.

Une invitation au silence et à l’humilité pour apprécier dans la joie, la truite se mettre à danser !!!!

Francis Distinguin

A surfer !!! What is that ?

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